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2025, année de tous les dangers pour la filière automobile française et européenne ? par Luc Marbach - Président de la SIA Permettez-
moi tout d’abord de vous présenter au nom de la SIA mes meilleurs vœux
pour 2025, de santé pour vous et vos proches, de bonheur personnel, et
de plein succès dans tous vos projets personnels et professionnels. Une année 2024 difficile et contrastée, un volume VP en baisse, un palier des électriques et PHEV Il
y a un an, je me demandais si le marché automobile français de 2024 ne
serait pas plus faible que celui de 2023. Malheureusement c’est le cas,
avec 1,718 millions de véhicules immatriculés, soit une baisse de 3,2%
par rapport au 1,774 de 2023. Après un premier semestre positif, le
second semestre a été médiocre, probablement en raison des incertitudes
politiques et économiques, ce qui laisse augurer un début 2025 dans la
même tendance. Le marché français semble donc durablement inscrit sur un niveau de 1,7 millions de véhicules, soit 22% de moins que 2019. Le marché européen des 11 premiers mois de l'année a connu une quasi-stabilité à +0,4%. L’électrification
semble sur un palier en France, avec 17 % de véhicules électriques et
9% hybrides rechargeables immatriculés en 2024, soit exactement le même
niveau qu’en 2023. En Europe, les véhicules électriques plongent de 5,4%, et ne représentent plus que 13,4% des immatriculations. Certains
grands pays européens sont à 5% voire moins sur les 10 premiers mois de
2024, comme l’Espagne à 5,1%, l’Italie à 4 %, ou la Pologne à 3,1 %. Les
nouvelles offres électriques arrivent pourtant, multiples, variées,
mais elles ne trouvent pas le niveau de vente visé. Les raisons
entendues sont multiples, le niveau de prix net est souvent cité comme
une raison majeure. La
guerre des prix est donc logiquement engagée, avec des conséquences que
personne ne prévoyait il y a encore peu : la technologie NMC (
Nickel Manganèse Cobalt) qui était stratégique est désormais jugée
inadaptée au cœur du marché au profit du LFP (Lithium-Fer-Phosphate).
Des projets d’usine de batteries sont arrêtés, certains producteurs
majeurs de batteries comme l’européen Northvolt sont en très grande
difficulté. L’ensemble
de la chaîne industrielle est malmené : de gros plans de réduction
de capacité sont annoncés, nos voisins allemands tant constructeurs
qu’équipementiers sont vraiment en train de prendre des solutions
radicales, et les temps s’annoncent très difficiles pour les
équipementiers de tous rangs. Les politiques publiques sont le facteur clef pour 2025. Les
pouvoirs politiques nationaux et surtout européens ne semblent pas
prendre la mesure des risques. Ainsi, malgré ces signaux très clairs,
les aides aux véhicules électriques ont diminué, voire ont été
supprimées, dès 2024 en Allemagne, en 2025 en France. Et
comme si le défi des volumes et de la perte de marge ne suffisait pas,
voici que l’Europe hésite à adapter l’objectif 2025 du CAFE, avec le
risque de pénaliser les seuls constructeurs européens par des amendes
potentielles extrêmement lourdes. Enfin
le contexte probable de guerre douanière entre les États-Unis et la
Chine risque d’inciter les constructeurs de cette dernière à renforcer
son offensive commerciale en Europe. Que faire dans ce contexte ? Plus
que jamais, mobilisons tout notre savoir, nos compétences et notre
créativité d’ingénieurs de l’automobile pour concevoir et produire
des véhicules intégrant les meilleures solutions techniques à un prix
maîtrisé, dans des plannings de développement drastiquement revus. Et
j’ajouterai pour cette année 2025, faisons entendre notre voix
publiquement avec tous les acteurs de la filière, afin que les décisions
politiques nationales comme européennes indispensables à la pérennité
de notre filière automobile soient prises dans les plus brefs délais. |